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mardi 29 juillet 2014

L'homme qui ne savait pas cuisiner

Il était une fois un homme, appelons-le monsieur B., qui ne savait pas cuisiner.

Aucune honte à cela, notez bien; chacun son métier, on ne peut pas tout savoir. Monsieur B était très doué dans son travail, mais n'avait aucun don aux fourneaux. Célibataire, il se nourrissait principalement de sandwiches et de plats précuisinés. C'est très pratique, les plats précuisinés: 3 minutes au micro-ondes, et on mange chaud.

Un jour, en discutant avec quelques amis aux tendances bobo/écolo/gauchistes, ceux-ci lui soutiennent qu'il existe une alternative infiniment supérieure à ses plats favoris: les produits frais.

Les produits frais n'ont que des avantages: ils sont moins chers (pour monsieur B., c'est important), et ils sont mieux tolérés par les estomacs fragiles des personnes agées. Le choix est beaucoup plus varié, on peut plus facilement personnaliser ses plats. Il paraîtrait même que dans les restaurants haut de gamme, on les utilise.

Monsieur B. connait le restaurant de l'entreprise, mais il n'a jamais été guigner dans les cuisines. Il s'imagine que la cuisine du restaurant ressemble probablement à la sienne, en plus grand; une rangée de fours micro-ondes, un grand frigo pour stocker les plats, un lave-vaisselle pour laver les plats, rien besoin de plus.

Néanmoins, il décide d'expérimenter ces fameux produits frais aux innombrables vertus. Il se rend donc au supermarché, et pour la première fois de sa vie, il explore d'autres rayons que celui des sandwiches et des plats micro-ondes.

Le choc est plutôt violent, il trouve des centaines de produits aux formes et couleurs étranges. Il achète un brocoli, rentre chez-lui, met son brocoli 3 minutes au micro-ondes. Il goûte, c'est dégueulasse.

Monsieur B. se dit qu'il n'a peut-être pas choisi le bon produit. Il observe un peu ce que les gens achètent, et choisit quelques produits au hasard: une pastèque, un camembert, une douzaine d'oeufs. Il les teste successivement,3 minutes au micro-ondes. C'est dégueulasse, son micro-ondes est couvert de bouillie de pastèque, d'oeuf explosé, et toute sa cuisine schmecte le camembert.

Monsieur B. est furieux d'avoir ruiné son micro-ondes et se plaint a ses amis. Ceux-ci l'écoutent d'abord, incrédules; puis, ne sachant trop par où commencer, lui suggèrent qu'il faut en fait, pour manger des produits frais, suivre une recette.

Monsieur B. se rend sur Gougle, et commence à chercher sur le Ouaibe des recettes de cuisine. Très vite, il s'énerve; la plupart des recettes contiennent du jargon incompréhensible, des expressions comme "brunoise de légumes", "déglacer au Grand Marnier" ou "épaissir au roux blond". Totalement incompréhensible pour un non-cuisinier.

Changeant d'approche, Monsieur B. s'inscrit sur un forum et poste une demande d'aide: "HELP, j'ai mis des oeufs au four, 3 minutes à 900W, tout à explosé, que faire ?". Le premier intervenant à lui répondre lui fait remarquer qu'il faut dire "four MICRO-ONDES" et pas "four", pour ne pas prêter à confusion. Monsieur B est un peu agacé par la pédanterie de ces cuisiniers, qui ergotent sur la terminologie au lieu de lui proposer des solutions.

Lassé, Monsieur B. décide qu'il lui sera plus simple, pour sa première dégustation de produits frais, de faire appel à un professionnel, et se rend au restaurant. Il commande un steak de boeuf aux champignons. Arrive l'addition, il s'étrangle: 48.- le steak de boeuf. Au supermarché, le steak coute 10.- et les champignons 2.- maximum. Comment ces cuisiniers osent-ils surfacturer à ce point leurs prestations ? 36 francs pour glisser une barquette dans un four, le régler sur 3 minutes et appuyer sur start ? inadmissible.

Monsieur B. retourne sur Internet, et tombe par hasard sur le forum d'une émission consacrée a la cuisine. Il y rédige une longue diatribe décriant les produits frais. Il y explique posément que les produits frais, c'est immangeable; il en a essayé une cinquantaine, à chaque fois c'était dégueulasse. On lui avait aussi dit que c'était moins cher, mais c'est un mensonge éhonté; au final, il faut payer un cuisinier très cher pour les préparer. C'est n'importe quoi, des produits qu'on ne peut pas préparer en les mettant 3 minutes au micro-ondes, ce qui est pourtant le standard universel de la cuisine. Vraiment, ça n'a aucun intérêt; ça ne peut que rester qu'un fantasme dans l'esprit de quelques cuisiniers.

Ami lecteur, si tu ne vois pas le rapport entre cette histoire et le logiciel libre, jette un oeil à cette rubrique et au premier commentaire posté dedans...

jeudi 6 septembre 2012

Le Charpentier et le Tonneau

Il était une fois un beau petit village, peuplé de bien braves gens, dans un magnifique pays. Ce village devait sa prospérité à sa rivière, qui irriguait les champs, charriait du poisson à profusion, et guérissait des maladies grâce à ses merveilleux sels minéraux.

Les gens habitant la rive étaient très satisfaits de leur vie tranquille, mais ceux qui habitaient les collines voisines un peu moins, car ils n'avaient pas d'eau à disposition. Personne ne souhaite aller chercher de l'eau à pied, c'est trop loin. Le chef du village décide donc qu'il en est assez, et que les habitants des collines, eux aussi, doivent pouvoir profiter de l'eau.

Or, un voyageur de passage, lors de son bref séjour, a conté au chef les vertus du tonneau, une invention formidable d'une contrée lointaine qui permet de transporter des liquides à dos de bétail. Le chef y voit là une aubaine pour son épineux problème de transport d'eau.

Personne au village n'est tonnelier. Enfin si, il y a Jean-Paul qui habite derrière le moulin, et qui passe sa journée à lire des livres (ce sale paresseux). Il possède bien un livre sur les tonneaux, mais personne ne pense à le lui demander, parce que ma foi, Jean-Paul, il est bizarre.

Le Chef convoque donc les villageois et leur expose son projet. Parmi les villageois, il y a Roger le Charpentier. Puisque les tonneaux sont, d'après les dires du voyageur, faits de bois, Roger explique que ce travail lui est naturellement dévolu. Le Chef agrée, lui remets quelques croquis soutirés au voyageur, et donne carte blanche à Roger pour la réalisation d'un tonneau.

Roger assemble donc ses collaborateurs, et ensemble ils sélectionnent des planches dans leur réserve et les assemblent de leur mieux en un objet qui ressemble à un tonneau.

Jean-Paul, qui passe par là, radote sur ce qu'il a lu dans les livres, à propos de la fabrication des tonneaux, de l'importance de choisir le bon bois, de couper dans le bon sens, et de cuire le bois pour assurer l'étanchéité du tonneau. Tout le monde rigole: il est fou, ce Jean-Paul ! comme si fabriquer un tonneau pouvait être si compliqué. Et s'il est aussi compétent en tonneaux, il n'a qu'à en faire un lui-même, d'abord.

Le travail de Roger terminé, le Chef apporte une demi-amphore de vin et la verse dans le tonneau. Le vin coule par les fentes du bois au fond de la barrique.

Roger se rue vers le tonneau en criant "mais c'est rien, c'est rien du tout", et bouche le plus gros trou du fond du tonneau avec son chewing-gum. Puis il y verse une deuxième amphore. Le vin coule par un deuxième trou. Roger va chercher un autre paquet de chewing-gum.

Au bout de dix semaines de test avec une amphore, Roger assure au Chef que tous les trous du fond sont bouchés. Le Chef convoque le village pour une démonstration. On immerge le tonneau dans la rivière pour y prélever une bonne quantité d'eau. L'eau jaillit par une centaine de trous sur les cotés.

Certains parmi les villageois sont contrariés de l'échec du tonneau après tant d'efforts. Roger est un bon charpentier, mais ils préfèreraient voir le travail confié a un tonnelier. Mais contre toute attente, le Chef refuse hostilement l'ingérence de quiconque dans le travail de Roger: en effet, le Chef voit grand, et il est persuadé que le projet réussi, les villages voisins s'arracheront la précieuse technologie du tonneau. Il est donc hors de question de laisser quiconque entrevoir le processus de fabrication. Roger est donc chargé de boucher un a un les trous du tonneau avec du chewing-gum.

Le tonneau achevé, une grande cérémonie de lancement est organisée, le précieux tonneau est rempli de la merveilleuse eau, chargé en grande pompe sur un âne, et le cortège part en tournée. Il passera par les collines, puis par toutes les maisons du village (parce que les riverains aussi devraient pouvoir en profiter, du tonneau !). De liesse, certains villageois jettent leurs seaux par les fenêtres. Vive le tonneau, si pratique !

Lorsque le chargement arrive aux collines, le tonneau est vide. Les trous visibles avaient pourtant été bouchés, mais las, l'ensemble n'en était pas étanche pour autant.

Les villageois des collines, et les riverains imprudents, meurent de soif devant leur tonneau vide.

Fin.
 
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